TROP C'EST TROP


A QUI LA FAUTE ?


150 à 190 mm d’eau par m2, soit 150 à 190 litres par m2 en deux heures, tels sont les relevés officiels  des violents orages qui se sont abattus sur la Côte d’Azur.

A l’heure où ces lignes sont écrites, le bilan provisoire de la catastrophe des Alpes-Maritimes fait état de 20 personnes décédées, de 2 personnes disparues, de centaines de millions de dégâts et à certains endroits une atteinte irréversible à l’environnement est constatée.

Une fois de plus, au-delà du phénomène météorologique exceptionnel, dont l’intensité a dépassé les prévisions les plus affûtées, les précipitations diluviennes du samedi 03 octobre ont démontré que les cours d’eau paisibles peuvent devenir en quelques minutes de véritables torrents d’une dangerosité redoutable qui provoquent systématiquement des drames humains inacceptables.


CA N’ARRIVE PAS QU’AUX AUTRES

Tous les spécialiste des risques majeurs naturels s’accordent à dire que l’urbanisation excessive, que les phénomènes météorologiques plus intenses nécessitent une prévention plus stricte, une prise de conscience sérieuse de l’adaptation des infrastructures afin de réduire de manière importante la vulnérabilité des habitants et de l’environnement.


L’EZE, UNE RIVIERE TORRENTIELLE


Cependant, la commune de La TOUR D’AIGUES  et l’intercommunalité COTELUB ont montré une perception différente.

En effet,  le projet COTELUB de la déchètterie située en bordure immédiate de l’EZE se trouve pour partie en zone inondable. Sur les quatre parcelles concernées, le Plan de Prévention des Risques Inondation(PPRI)  approuvé par le Préfet de Vaucluse en 2001 et son Règlement de Zonage classe en Zone Rouge Inconstructible une des parcelles et les autres en Zone Bleue soumise à des prescriptions techniques incontournables.

En 2013, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable demandait à la préfecture de Vaucluse, au vue de l’intensification des phénomènes climatiques, de procéder à une évaluation plus ample des débits

La Direction Départementale des Territoires (DDT) devait revoir, dans les plus brefs délais, les calculs des débits de la rivière torrentielle EZE selon une augmentation de 350 m3/s à 460 m3/s au niveau de la ville de PERTUIS, entraînant mécaniquement une augmentation identique, voire supérieure à La TOUR D’AIGUES.

La rivière EZE dans ce contexte doit être considérée comme étant encore PLUS DANGEREUSE, à ce jour les études de débits sont en cours, la révision n’est toujours pas approuvée par le Préfet de Vaucluse.

Le PPRI est un document officiel de servitude d’utilité publique établi et publié par les préfectures, il est opposable à tous les citoyens, y compris aux élus, la prévention ne devrait-elle pas être au cœur de l’action ?

UNE ERREUR D’URBANISATION

Plus grave encore, le terrain d’emprise du site d’implantation de la déchètterie choisi par la COTELUB a été l’objet de remblaiements importants (environ 13000 m3) sans aucun contrôle et ce dans l’irrespect de la réglementation environnementale. Ces remblais de toutes sortes, qui relèvent de la codification stricte des déchets, ont été déposés en bordure de la rivière EZE, augmentant considérablement les risques d’inondation pour les populations situées en aval.

Lors d’une crue torrentielle soudaine, le positionnement des remblais dans le lit majeur de la rivière EZE pourrait provoquer par érosion la formation d’un barrage (embâcle) lequel en se rompant déverserait une vague de submersion en direction des  habitations construites en bordure.

Pourtant, le Règlement de Zonage du PPRI interdit formellement de déposer des remblais dans le lit majeur d’une rivière, la zone d’expansion des crues doit rester libre afin d’amortir le choc hydraulique induit par l’augmentation des débits engendrée par une crue importante.

De plus le Schéma Directeur de l’Aménagement et de la Gestion des Eaux (SDAGE) approuvé par le Préfet Coordonnateur du Bassin Rhône-Méditerranée précise, au titre de la Loi sur l’Eau de 1992, confirme cette interdiction et impose de mettre en place des mesures compensatoires, voire de supprimer les impacts négatifs des remblais sur l’écoulement et l’expansion des crues.

Les SDAGE sont des documents officiels à portée juridique, ils s’opposent aux décisions administratives en matière de police de l’eau, à tous les Plans locaux  d’Urbanisation (PLU), ainsi qu’aux anciens Plans d’occupation des Sols (POS).


A QUI LA FAUTE ?

La gestion des précipitations intenses est devenue un enjeu, l'urbanisation et l'artificialisation des terres amplifient la vulnérabilité des territoires, les fautes d’urbanisation engendrent une aggravation certaine des phénomènes naturels de plus en plus intenses provoquant des destructions de plus en plus importantes et des victimes de plus en plus nombreuses.

Par définition une Zone inondable sera inéluctablement inondée un jour ou l’autre.

Les spécialistes ne peuvent pas dire quand un tel cataclysme se produira à La TOUR D’AIGUES, cependant, ils peuvent affirmer qu’il aura lieu suivant un schéma précis et bien connu.  Ils peuvent avancer avec certitude que les conséquences catastrophiques seront identiques ou supérieures à celles qui sont connues depuis des dizaines d’années dans la Région PACA.

Alors, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas, personne ne pourra évoquer les fameux événements météorologiques exceptionnels, pourtant prévisibles, personne ne pourra déclarer que tout avait été prévu, que tout était sous contrôle, personne ne pourra évoquer les caprices du ciel et la fatalité.

Les responsabilités seront déterminées, mais il sera trop tard.

A vouloir coloniser les espaces d’expansion des crues, les hommes ont tissé leur propre piège.

En matière de Risques Majeurs le doute est l’école de la vérité, les apprentis sorciers n’ont rien à y faire.


TROP, C’EST TROP                                                                                                                 


Alain SANT – Consultant Risques Majeurs

                                                                                                                



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