Edito de Juliette Delescluse

               

    Du patrimoine bâti au patrimoine paysager: la place croissante du citoyen dans la définition de ce qui est un bien commun



La notion de patrimoine, et la réalité qu’elle recouvre, sont de plus en plus difficiles à délimiter. La notion de patrimoine est aujourd’hui en pleine expansion. Le patrimoine a cessé d’être un patrimoine uniquement monumental. Mais ce mouvement n’est pas seulement quantitatif, il est aussi qualitatif.

    Un bien hérité

Le Littré de 1863 définit le patrimoine comme un «bien d’héritage qui descend, suivant les lois, des pères et mères à leurs enfants». Cette référence primaire aux biens et aux droits du père, hérités un jour par filiation, introduit de fait l’idée d’une transmission intergénérationnelle. Le droit romain, en partie à l’origine du droit français, considère le patrimoine comme l’ensemble des biens familiaux non pas selon leur valeur pécuniaire, mais dans leur condition de biens à transmettre. L’héritier est plus le dépositaire que le propriétaire. Dans ce schéma hiérarchisé, l’autorité procède toujours d’un temps antérieur. L’autorité du père légitime la protection.

    Un bien collectif

Après la Révolution française, un patrimoine collectif commence à être envisagé notamment avec la notion de Monument Historique. On passe dès lors d’une notion de patrimoine personnel, dans un sens juridique de patrimoine, à une notion beaucoup plus ample. Les biens et les propriétés de la monarchie et de l’Eglise sont dorénavant considérés comme un bien public dont la propriété appartient à la collectivité. Une citoyenneté nouvelle est ainsi donnée aux monuments historiques qui deviennent constitutifs du politique et intiment liés à sa souveraineté. Le patrimoine a été un outil essentiel dans la création des Etats-Nations (National Awakening ou Nation-Building) au cours du XIXème siècle. Et inversement, la construction nationale a été un producteur de patrimoine à la fois clair dans ses objectifs, peu hésitant dans ses choix et efficace dans ses procédures. Les monuments deviennent à cette époque-là une affaire d’Etat et font l’objet d’une politique publique. La société est ainsi rassemblée autour de symboles irréfutables, régaliens, dans la longue tradition de la naissance de la République. Cette logique savante, légitimiste, vise à déterminer une catégorie d’objets et de lieux qui seraient à la fois exceptionnels et universels. La notion de patrimoine mondial au sens de l’Organisation des Nations-Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO), bien que plus tardive, se révèle paradoxalement proche de cette vision. C’est «Le Patrimoine» qui a une essence sacrée, quasi religieuse. L’essentiel de leur sens se résume dans leur matérialité. La crise de l’Etat-Nation met fin à ce projet national patrimonial en France. Au projet national unique, fédérateur, centralisé et savant, s’est substituée toute une multitude de projets parallèles menés par différents acteurs sociaux21. La « mémoire nationale » cède donc la place à des « mémoires plurielles».

    Un bien approprié

Cette extension de la notion de patrimoine est synonyme pour Eugène Ollivier d’un processus de «désagrégation du concept de Monument Historique au profit de celui de patrimoine» qui a porté la «conception élitiste et unificatrice du Monument Historique» à se fondre dans celle universaliste du patrimoine. Cette rupture s’effectue dans un contexte d’éclatement de la famille nucléaire traditionnelle. Tout comme le patrimoine, elle n’est plus une réalité biologique et institutionnelle mais un mode de vie et un tissu affectif.  Cette nouvelle logique de construction du patrimoine est sociale, commune. Elle résulte d’abord de la reconnaissance par des acteurs, que pour le groupe dont ils se réclament appartenir, un objet ou un lieu prend un sens particulier à un moment donné, en signifiant un rapport spécifique et collectif au passé ou au territoire. Ce type de patrimoine prend tout son sens dans les rapports sociaux et se trouve à la base d’un échange économique ou symbolique avec le voisin. Dans cette optique, il peut se rapprocher du sens originaire du patrimoine, à la différence qu’il comprend un champ d’objets patrimoniaux beaucoup plus vaste. Ce patrimoine est donc «pragmatique» et il est plus juste d’en parler au pluriel.

Cette nouvelle forme de construction patrimoniale apparaît donc plus fragile, plus mobile et plus fluctuante. Sa valeur est essentiellement locale et contingente à une situation sociale et historique donnée3. Une prise de conscience a eu lieu sur le fait que la conservation ne pouvait plus être fondée sur la qualité intrinsèque de la chose. Elle devait être fondée dorénavant sur la capacité d’y reconnaître des valeurs esthétiques, historiques, scientifiques et sociales. C’est désormais la société ou la communauté qui doit reconnaître les valeurs sur lesquelles construire sa propre identité culturelle (Charte de Cracovie, 2000).


    Agir contre une déchetterie à la Tour d’Aigues, contre une rocade à La Bastidonne ou autrement œuvrer pour patrimonialiser des paysages et un mode de vie menacé

L’action de VDA Nature à la Tour d’Aigues, à la Bastidonne et dans la vallée d’Aigues se fonde sur cette dernière définition du patrimoine : préserver des paysages tout en faisant évoluer un territoire de manière raisonnée, autrement dit «rendre patrimoine» ce qui fait notre identité tout en assurant à cette région un avenir pour notre jeunesse et pour notre environnement. Ne faisons pas du développement durable un simple alibi.


Un projet de rocade ouest du village est prévu à LA BASTIDONNE

Ce projet est écologiquement désastreux, inutile, et financièrement ruineux. Dans le projet du  nouveau PLU, la municipalité envisage de mettre en réserve une bande de terrain allant depuis le cimetière à l’ouest du village jusqu’à la zone « artisanale » en coupant à travers les vignes et espaces naturels sauvages exceptionnels. Ne soyons pas naïfs, cette bande de terrain permettra la construction d’une route identique à celle que nous avons vu apparaître, dernièrement, à l’entrée du village. Pour cette première partie de rocade, aucune étude d’impact et des flux de circulation et/ou enquête publique auprès des habitants du village n’a été menée par la mairie et/ou par le Conseil Général sur l’ensemble du projet. Le seul document approuvé jusqu’à ce jour par les citoyens est le dernier PLU datant de 2005. Ce dernier ne mentionnait aucun projet de déviation mais seulement la réalisation d’une nouvelle route entre la RD 973 et le cimetière. Avec le nouveau PLU, une zone est à nouveau mise en réserve. Une route sera construite, la rocade achevée et le citoyen, consulté pour le principe, sera mis devant le fait accompli. → Nous avons la conviction que les solutions alternatives à la construction d’une route doivent être en premier lieu envisagées notamment lorsque ces dernières existent.



   Paysage menacé par la nouvelle route



→ C’est pour cela, qu’en tant que citoyen et soucieux de l’avenir de nos paysages, nous vous invitons à signer et à faire signer vos amis la pétition en ligne en vous rendant sur le site :
http://www.notre-village-demain.blogspot.com
 

Juliette DELESCLUSE
Habitante du village de la Bastidonne
Membre de VDA Nature (juliette.delescluse@gmail.com)


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